Depuis longtemps, ce petit tour dans le « Nord » était prévu, avec Anne-Marie et Honorine, volontaires à Bangalore. Bon nombre
d’Indiens nous ont dit qu’il était inconscient d’y aller en plein été, où les températures oscillent d’habitude entre 40 et 50 degrés, surtout dans le Rajasthan. Nous aurons finalement, tout du
long de notre périple, un temps exceptionnel, avec même quelques divines goutes de pluies à Jaisalmer, où il ne pleut que quelques 10 jours par an, et évidement pas en été… Le changement
climatique a du bon !
Après les 50 heures de train réglementaires séparant Bangalore du
Nord, nos yeux découvrent la mythique Bénarès (aujourd’hui Vârânasî). Ici viennent en pèlerinage les Hindous du monde entier, pour se baigner dans les eaux de Ganga, leur Mère. A noter que
Bénarès est aussi une ville sainte pour les Bouddhistes. Ce serait bien long de vous introduire à la théologie hindoue, et j’en serais incapable. Pourtant, on sent que, restés sur le seuil de
cette mythologie, il nous est difficile de comprendre cette ville complètement submergée par une activité religieuse débordante. Le soir, les Brahmanes (caste des prêtres) offrent un
« puja » (prière, ou offrande) au Gange, leur Mère. Une immense foule colorée s’unit dans un rituel immuable, la nuit tombée, à la lumière des bougies flottant sur le fleuve sacré, dans
un flot de cymbales assourdissantes. Au loin, la crémation des corps sur les ghâts offrant le feu perpétuel vient compléter le tableau. Bénarès, lieu
de vie et de mort. Époustouflant. Une famille Brahmane nous a accueille chez elle, dans une vieille maison aristocratique perdue au milieu de ce grand et très étroit labyrinthe jonché de vaches
et de leurs bouses. Ils nous expliquent leurs coutumes, leur religion (chez les Hindous, il y a pratiquement une religion différente par personne…). Le jeune Brahmane de 15 ans, qui nous a
invités, nous dévoile son temple privé, dédié à Lakshmi. Il y présente l’offrande tous les jours, après son bain dans le Gange. Puis la famille, une fois le chaï (thé) de bienvenue offert, tente
de nous enseigner quelques mots de Hindi. Je lui enseigne en échange des rudiments de la langue de Molière.
(ici, les Brahmanes offrent le Puja devant le Gange)
Après Bénarès, direction Agra. Le joyau de l’Inde nous y attend, et nous ne sommes pas déçus. Ce
splendide monument de marbres blancs est d’une parfaite harmonie. Je n’en dit pas plus, la photo suffira.
De Agra, nous partons pour Jaipur, capitale du Rajasthan. 10 jours auparavant, des bombes islamistes faisaient
monter la tension dans cette région frontalière du Pakistan, tuant hommes, femmes et enfants. Pourtant, nulle trace de peur une fois là-bas. La vie a repris son cours. Les touristes sont un peu
moins nombreux, voilà tout ! C’est notre chance, et nous visitons le fort d’Amber, le Palais des Vents, le City Palace pratiquement seul. Ce sera la même chose pour l’ensemble de nos
visites, et nous mesurons notre chance car nous savons combien les touristes sont omniprésents d’habitude. Mais nous sommes en saison « off », chaleur d’été oblige. Nous rencontrons un
Américain du « 2ème Bureau » voyageant avec sa fille. Super sympas, ouvert et cultivés, ils me donnent envie de découvrir ces Etats-Unis dont finalement, nous nous plaisons à
entretenir une image caricaturale qui nous en ôterait presque la curiosité… Ils nous invitent à dîner dans leur Hôtel (dont le standing n’est pas celui de jeunes volontaires MEP), et nous
profitons de la piscine… Quel plaisir !
De Jaipur, nous allons à la frontière du Pakistan, à Jaisalmer, où s’élève une forteresse
médiévale couleur sable. On se croirait presaue en Terre Sainte. Le désert du Thar qui nous entoure nous donne l’occasion de faire une petite virée dans les dunes à dos de chameau.
L’attrape-touriste qu’on ne regrette pas ! Le coucher de soleil rougit le sable. Pourtant, quelques heures plus tard, et pendant toute la nuit et le lendemain matin, tempête de sable !
Ce qui fait baisser la température de 10°C, et nous permet de visiter dans de très agréables conditions la ville ocre désertée des touristes.
De Jaisalmer, nous nous échappons au sud, vers Jodhpur. C’est la fameuse ville bleue, appellée
ainsi car la plus part des maisons de la vieille ville sont peintes en bleues, soi-disant pour éloigner les moustiques. C’était aussi pour reconnaître les maisons Brahmanes. Le fort est superbe,
et nous donne une bonne idée de la vie de ces dynasties Rajput, indépendantes jusqu’à l’indépendance, et dont les maharajas ont gardé un pouvoir effectif jusque dans les années 70, date à
laquelle Indira Gandhi n’acceptait plus ce manque d’unité Indienne. Nous sommes accueillis dans une maison de famille faisant Hôtel. Le maître de maison, appartenant à la dynastie Rator
(maharajas de Jodhpur), nous explique sa vision de l’Inde, du Rajasthan, de l’importance de la monarchie, et des crimes de la pseudo-démocratie indienne intéressée uniquement par le pouvoir et
l’argent. Un autre son de cloche sur l’Inde…
Puis nous rejoignons Udaipur, ville au climat bien plus accueillant, où fut tourné un James Bond,
Octopussy. Le Palais est splendide et blanc comme le lait. Pas un chat dans cette ville, où nous ne passons d’ailleurs qu’une journée, arrivée en car
de nuit et repartant le soir même en train de nuit (ce sont de bons moyens d’économiser des nuits d’hôtel !).
Nous arrivons à Ahmedabad, dans le Gujarat, Etat indien intolérant au possible, où le chef du Gouvernement local, BJP évidemment, avait fait assassiner en toute impunité des dizaines de familles musulmanes, gratuitement. Il n’est pas plus favorable aux chrétiens, soit dit en passant ! Notre « trip » en commun prend alors fin, après avoir visité l’Ashram de Gandhi, où il vécut 15 ans et lança la marche du sel, et passa son temps à filer … Gandhi, personnage-clé, parce que représentant tout ce que l’Inde croit être, ou voudrait que l’on croit qu’elle est, mais n’est pas : tolérante, ouverte, spirituelle, travailleuse, à la recherche de la Vérité.
Je pars pour Bombay, laissant les filles rejoindre Bangalore. J’y suis accueillit par un prêtre indien ayant fait ses études rue du Bac, chez les MEP, et à la Catho
de Paris. Pour mon premier déjeuner, crabe « tandoori » : un délice (le crabe faisait pas loin de 10KG…). Je passe deux jours, pour
trouver quelques nouvelles missions de volontaires, puis je suis de retour à Bangalore, dimanche dernier, pour une messe des Français bien sympathique.
(ici le style Victorien de Bombay, aujourd'hui Mumbay)
Il me reste 6 semaines à vivre ici : je suis logé dans la maison MEP, au sein du Séminaire de Bangalore. Je
vais bosser un peu aux archives des missions étrangères (déchiffrer et traduire des documents détaillant la naissance de l’Eglise Indienne, ce sera sans doute passionnant !), mais aussi
continuer à chercher de nouvelles missions, et enfin suivre quelques cours au séminaire, pour me remettre dans le bain !!
Je commence néanmoins à compter les jours qui me séparent de mon retour, je ne vous le cache pas !
D’ici-là, portez-vous bien !
------------------------------Coin prière----------------------------------
· Pour Marguerite Verdon et Philibert Ducoin, qui se marieront le 11 juillet prochain
· En action de grâces pour les Missions Etrangères de Paris, qui fêtent leurs 350 ans (Allez voir l’expo rue du Bac !)
· Pour tous les ordinants du mois de juin
· Pour la petite fille du cuisinier de la Maison MEP de Bangalore, décédée à 25 ans sans raison apparente
Si vous voulez, comme moi, donner un mois, une annee, ou votre vie a l'Eglise d'Asie, en choisissant de la servir au sein des Missions Etrangeres de Paris, veuillez contacter: