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Vendredi 8 février 2008
- Par Thibault

Une fois n’est pas coutume, je reviens d’outre-mer avec beaucoup à partager…

L’Incredible India que nous vendent les Tour-operator des quatre coins du monde est si incroyable qu’elle en est parfois… usante. Rien de tel, donc, qu’un visa à renouveler pour prendre le large quinze jours !

Nous optons pour Bangkok, où nous sommes certains de ne pas essuyer de refus de la part de l’ambassade d’Inde, tant la place est touristique et les demandes pléthoriques. D’autres volontaires, à Singapour ou ailleurs, se sont déjà retrouvé avec un mois au lieu de six comme permis de visite… donc, soyons prudent, faisons nous plaisir !

Je fus accompagné de deux volontaires MEP, Claire et Honorine, pour cette expédition Indochino-siamoise. Arrivés à Bangkok le mardi 22 janvier, nous sommes accueillis à la maison MEP, sur Silom Road, beau quartier de la capitale thaïlandaise. Quel ne fut pas notre choc à l’arrivée à l’aéroport international, très récent d’ailleurs : nous trouvons les deux grands absents de la civilisation indienne : la propreté et le silence. Évidement, lorsque l’on parle de cela à des français habitant Bangkok, ils nous rient au nez… Bangkok, propre et silencieuse ? Vous voulez rire ?  Non, nous dégustons…

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Visite de la capitale, avec ses tours gigantesques au bord du fleuve Chao Phraya, son quartier chinois, son Palais Royal, ses images du Roi (sur toutes les maisons (c’est obligatoire…), dans toutes les voitures, sur tous les trottoirs, célébrant la… soixantième année de son règne !) ses Pagodes innombrables, ses parcs et ses « massage houses ».

Cette ville nous a semblé très agréable. Nous sommes accueillis chez les Pères MEP, dont les premiers sont arrivés sur place au XVIIème siècle, en ce royaume nommé Siam jusqu’il y a peu. Ce fut le premier lieu de mission des MEP.

Je passe sur cette ville, pour vous raconter ce qui fut bien plus passionnant : notre expédition à Mae Sot, au Nord-Ouest de la Thaïlande, où nous rejoignons des volontaires MEP en poste dans la région.

Après un voyage en bus de nuit, ultra-luxe en comparaison des trajets indiens similaires, nous débarquons dans une école catholique tenue par le diocèse, où Stanislas (Pour ceux qui aiment les coïncidences, Stan est un ami de classe de Charles Acres…) est volontaire MEP. Il y enseigne l’Anglais, et est en charge d’une quarantaine de jeunes Karens, venus des montagnes poursuivre une scolarité de bon niveau, payée par les thaïlandais de l’école. Le peuple Karen est un peuple fixé le long de la frontière thaïlando-birmane, dans la jungle des montagnes. Ils sont parfois réfugiés, subissant depuis de nombreuses décennies le sort des minorités. Ce peuple est bien souvent méprisé par les thaïs, aux yeux de qui ils sont des bouseux étrangers. Deux pères MEP (Famille Chrétienne a eu il y a quelques semaines un article pour ces deux prêtres dans son article sur les 350 ans des MEP) ont leur mission au sein de ces villages perchés dans les collines, au bout de pistes improbables. Nous avons eu la chance d’aller visiter plusieurs de ces villages, et de voir les missions des volontaires MEP. Quelques heures de pick-up 4x4, dans la poussière et entre les lianes, nous ont fait découvrir ce que le touriste ne verra jamais de ces contrées…

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Mais la plus forte expérience fut notre passage dans un centre paroissial Karen proposant une formation agricole aux jeunes locaux. Un volontaire MEP y dispense un enseignement régulier, perdu dans ce no man’s land. Or nous sommes arrivés au moment de la fête du riz : rien de tel pour saisir l’importance de ces petits grains aux yeux du peuple. L’Évêque, qui a du faire une bonne journée de voiture pour nous rejoindre, s’est déplacé pour l’occasion. Le Père Alain Bourderie, curé de ces ouailles Karens, fait bénir en même temps sa nouvelle Église, magnifique. 

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Je retrouve aussi le Père Colomb, responsable volontariat et vocations des MEP, venu rendre visite aux volontaires de Thaïlande. Ce fut une fête magnifique, avec des danses, des chants et des costumes traditionnels (qu’ils portent tous les jours…). Ce sont le genre d’évènement que l’on ne verra plus guère chez nous. Je mesure la chance que j’ai de pouvoir vivre ces instants de communions avec un peuple si différent, quoique chrétien pour une bonne partie, depuis l’arrivée des MEP. Leurs chants, si beaux, furent à eux seuls une louange au Créateur. Ils accueillirent l’Évêque avec la fierté d’un peuple reconnu. Le dialogue fut évidement limité, mais nous sommes repartis avec l’impression d’avoir partagé quelque chose de fort. Et d’avoir approché un peuple encore quelque peu naïf, éloigné de tout ce qui peut faire la laideur de l’homme moderne.

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Après cette montée auprès de peuplades si différentes, le retour à Bangkok fut de courte durée. Le temps de récupérer nos passeports affublés d’un nouveau visa de six mois pour l’Inde, nous partons direction la frontière orientale, en Bus. Changement de bus, puis touk-touk nous menant à la frontière cambodgienne. Une fois les formalités administratives remplies, nous passons un pied, puis deux, en terre Khmère. Ce pourrait être la frontière mexicaine. Peu rassurante, avec des routes de sable et des chauffeurs de taxi ayant plus l’apparence de chefs de gangs qu’autre chose. Ajoutez à cela la nuit tombante, et une cargaison secrète et un peu louche qu’on charge dans notre taxi, et vous vous retrouvez dans un mauvais Tarentino… Nous partons, pas très rassurés, conduits par un chauffard qui avale les kilomètres de la chaussée défoncée et en travaux. Et ceci pendant les 250 km qui relient la frontière à Siem Reap. Mais tous ces efforts sont récompensés le lendemain, lorsque nous visitons le site extraordinaire d’Angkor.

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Un ciel bleu, pas trop chaud, un nombre de touristes encore supportable : les conditions sont excellentes. Nous optons pour le vélo, qui nous empêche de tout voir, mais qui nous fait d’avantage profiter des lieux. Ces temples hindous ou bouddhistes sont tous extraordinaires. L’enchantement des vieilles pierres est là, et la jungle environnant ajoute une touche de mystère à l’ensemble. C’est un lieu que l’on découvre sans vraiment découvrir, tant il donne l’impression d’un déjà-vu. J’avais à peu près imaginé cela en lisant Tintin et le Temple du Soleil, ou même en essayant de reconstituer le Temple de Salomon trônant au milieu de la Cité de David. Bref, un site à couper le souffle. Pourtant, nous décidons de n’y passer qu’une journée, tant notre culture en la matière ne nous permets pas d’entrer dans une étude plus approfondie des lieux. C’est très bien comme cela, nous prenons le lendemain matin le bateau sur le Tonlé-Sap, pour rejoindre Phnom-Penh, la perle de l’Asie du Sud Ouest.

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Le voyage de 6 heures est un enchantement, et je découvre des paysages ressemblant quelque peu à mes contrées indiennes. Nous sommes accueillis par Mgr Émile Destombes, MEP, dernier Évêque missionnaire du Sud-ouest. Archevêque de Phnom-Penh, il reçoit lors de notre visite la bagatelle de 40 jeunes venus d’une paroisse et en préparation…au baptême ! La mission porte ses fruits. Je retrouve sur place Bruno Maurel, séminariste du diocèse de Bordeaux, volontaire MEP lui aussi, qui a un frère diacre à la communauté saint Martin. Bruno et moi nous connaissons déjà bien (BAFA ensemble, colonie de Montoire à Noirmoutier…), il est la raison première de notre passage à Phnom-Penh. 

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Il nous fait visiter la capitale Khmere et ses joyaux coloniaux architecturaux et...culinaires (la baguette se trouve partout!) , une journée durant, après une messe dominicale où les moins de 20 ans représentent…les 2/3 de l’assemblée. C’est le même rapport que celui de la population khmère. Après les massacres de population opérés par les Khmers rouges, il ne restait plus grand monde au Cambodge…

L’histoire de ce pays martyr est trop longue à vous raconter, mais ce que je peux affirmer, c’est qu’il y en a des traces à tous les carrefours (surtout au carrefour de l’avenue Mao-Tsé-Toung !!). Au sein de l’Église, en premier lieu : les vieux catholiques n’existent pas, ils ont été massacrés. D’ailleurs, tous les missionnaires ont été expulsés en 1975, et les prêtres et évêques cambodgiens exécutés. Le premier missionnaire revenu le fut en 1990. Il n’y a aujourd’hui que cinq prêtres cambodgiens. Les autres sont missionnaires. Tout est à reconstruire. Le dernier bastion politique local des Khmers rouges fut levé en…1998. Quant au Roi actuel, il a pour premier ministre depuis des décennies …un ex-Khmer rouge. Ben voyons ! Tout va bien dans le meilleur des mondes. En attendant, le Cambodge oublie le passé. A l’école, on n’évoque pas Pol Pot. En famille non plus. Le honte, la pudeur aussi. L’avenir ne se construit pas sereinement dans ce pays où il y a plus de généraux que de soldats. La corruption, l’insécurité, la prostitution sont les tares affichées de ce pays, que j’ai tout de même trouvé très attachant, il faut le dire.

Ma dernière journée, je l’ai passée seule avec Bruno : nous avons loué des motos tout-terrain, et avons parcouru la campagne. Nous avons fait escale dans un village Vietnamien catholique (la population vietnamienne représente 2/3 des catholiques du Cambodge, tant leur présence est importante, pour des raisons historiques évidentes), où nous avons prié avec le village. 

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Ce fut très émouvant. La pauvreté n’épargne aucune partie du monde ! Nous nous sommes également retrouvés face à un bouddha de 100 mètres de haut érigé par la diaspora cambodgienne bouddhiste des États-Unis pour réussir leur réincarnation à venir…

Bref, un voyage de rencontre, de découvertes, pour mon plus grand plaisir. J’ai repris mes classes la semaine derniere, et ce jusqu’à la mi-avril. Je ne suis pas mécontent de retrouver un semblant de rythme, et de me poser un peu.

Le moral est donc bon, même si retrouver la nourriture indienne après deux semaines de diète sera difficile !

( Je rajoute une ligne a ce texte ecrit avant l'annonce de la mort de guillaume : merci de prier pour Lui, et de vous unir a la Messe de funerailles de mercredi. Le moral est toujours la, "esperant contre toute esperance". )


              Je confie particulièrement à votre prière les frères de la charité, les enfants dont ils ont la charge, et Alban et Antoine qui y sont volontaires. Le nouveau supérieur n’est pas des plus commodes, et la mission s’en trouve très alourdie. 
Je vous confie aussi mon filleul, Xavier, qui a eu 2 ans le 10 février, ainsi que sa petite soeur, Marie-Camille, qui vient de naitre! Action de grace pour les Maurin, donc.
On confie enfin a notre priere une personne atteinte d'un cancer, et dont le cas est tres preoccupant. 

J’attends de vos nouvelles, et vous souhaite un saint et fructueux carême.
Une photo souvenir de mon passage en Thailande:

 

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