Voici mon dernier cours officiel au sein du Collège tout juste dispensé. Une page se tourne, laissant derrière elle neuf mois de professorat plus ou moins jouissif, selon que les élèves étaient dans une passe de travail ou non. Parents, lorsque vous motivez vos enfants dans l’exercice de leur devoir d’état, n’oubliez pas de mentionner que, s’ils ne le font pas pour eux, qu’ils apprennent au moins leurs cours par charité pour leur enseignant !
Je continue néanmoins à donner quelques « extra-classes » aux étudiants motivés de dernière année de français, et ce ces prochaines semaines, avant leur examen. Mais le syllabus (programme scolaire) est achevé, juste à temps. Ils maîtrisent désormais le subjonctif, le futur antérieur et le plus-que-parfait. Je suis assez fier, d’autant que je crois leur avoir tout de même transmis le goût pour ma langue maternelle, et celui de notre culture. Mais combien de temps cela leur restera-t-il ? Mystère… Une de mes étudiantes, l’une des nombreuses tibétaines que j’enseigne, est responsable des jeunes tibétains indépendantistes en Inde. C’est une excellente étudiante, et son français est bon. Elle viendra peut-être finir ses études à Strasbourg ; le passage de la flamme gréco-chinoise à Paris l’en a convaincue…
Pour vous donner un aperçu de mon avenir proche, je suis désormais dans l’attente de l’arrivée de mon successeur - Antoine - au Collège, prévue pour le 9 mai. Je continue plus que jamais à rendre visite à mes handicapés, à mes orphelins, etc. Je dois aussi préparer des cours de français proposés pendant les vacances à des gens extérieurs au Collège. Ils seront dispensés vraisemblablement dès la fin avril. Après l’arrivée d’Antoine, et une bonne semaine passée avec lui à Mysore, tuilage oblige, petit trip au Rajasthan avec Anne-Marie et Honorine, volontaires MEP de Bangalore. Mon retour, début juin, se fera à Bangalore. J’aurai alors en charge la recherche de nouveaux postes de volontariat en Inde ; je profiterai sans doute de mon tour dans le Nord-Ouest pour y rencontrer les personnes adéquates, notamment à Bombay. Puis je ferai sans doute de petits trajets (comprenez moins de 24 heures de train aller…) pour trouver des postes en Inde du Sud. Je vous tiendrai au courant de tout cela. Pour le courrier, n’envoyez des lettres à Mysore que jusqu’à la fin avril ; si vous tenez à m’écrire pour la saint Thibault, il vous faudra le faire à l’adresse suivante :
Thibault Lambert
St Peter Pontifical Seminary
MEP House – P.B. #5559
Malleswaram West P.O.
Bangalore – 560055
Karnataka
Inde
A ce propos, je vous rappelle que « France » en anglais ne s’écrit pas « Francia »…
Ici tout va donc plutôt bien. Le changement climatique ne doit pas être qu’idéologique, puisque les Indiens s’inquiètent des pluies abondantes tombées en pleine saison sèche sur tout l’Inde du Sud pendant ce mois de mars. Les missionnaires en perdent leur barbe, et par solidarité j’ai aussi coupée la mienne. Ah ! Parler de la pluie et du beau temps, voilà qui nous centre sur l’essentiel ! Ainsi va le monde indien…
Je me demandais de quoi je pourrai bien vous parler dans cet article. Il fallait qu’il soit léger, après les précédentes réflexions sur la solitude. Alors je me suis décidé à évoquer la danse. Pourquoi ? Eh bien parce que, depuis mon arrivée en Inde, c’est une des grandes différences avec le monde occidental, du moins Français, que j’ai pu observer : la place centrale de la danse comme élément d’unité identitaire, populaire, culturelle. Pas un « function » (comprenez « cérémonie », quelle qu’elle soit) sans danse : dès l’ouverture, une danse - prière (car tout rassemblement publique commence par le « Puja » (prière ou sacrifice), quelle que soit la religion des rassemblés) donne le rythme à ces meetings. Puis viennent les danses préparées par les enfants des écoles du coin, suivis par des « speaches » trop longs, souvent inintéressants, surfaits, obséquieux vis-à-vis des « officiels », transpirant l’autosatisfaction, et que finalement personne n’écoute. Alors on se dit que les danses, c’est sympa !! Il y a aussi les concours de danses… Même au Collège, il y a un jour férié où tous les étudiants (ils ont la vingtaine quand même ! Vous imaginez ça en France ?) se rassemblent pour un concours de danses.
Ces danses à la mode en Inde, mixtes, sont des chorégraphies des films de Bollywood apprises par cœur devant la télé par les jeunes, ressemblant aux chorégraphies de rap des années 80-90, style Benny B, avec quelques éléments de dance contemporaine, ainsi que des gestes typiquement indiens intégrés. Ce n’est en général pas très sexy, ou plutôt trop… En revanche, les danses réellement traditionnelles, quoiqu’un peu emm***antes au bout de deux heures (car les « function » sont toujours très longs, héritage probable d’une culture de la veillée autour des anciens, même si aujourd’hui les anciens sont virés par la TV…), ces danses- là, dis-je, sont toujours très belles, mettant en scène des jeunes femmes ou jeunes filles maquillées et ornées de bijoux de la tête aux pieds. Ces danses sont de véritables plaidoyers pour la culture de la beauté. On y sent vivre leur culture, exulter leur langue, vibrer leur corps. Et nous avec.
Il faut souligner également que ces danses ne sont pas l’apanage de l’Inde, j’ai pu les apprécier également au Cambodge et en Thaïlande sous d’autres formes. Je garde un très beau souvenir des danses Karennes, par exemple. Mais il est certain qu’elles sont d’autant plus « vraies » et belles qu’elles ne sont pas organisées pour un car de touristes, demeurant alors l’expression spontanée d’une culture. Lorsque je fus invité par mes étudiants Maldiviens et Mauriciens, dont je suis assez proche, à la soirée des étudiants étrangers de Mysore, rassemblant près de 500 personnes, j’ai eu la joie de découvrir une danse traditionnelle de chaque pays représenté. J’ai donc eu le privilège de voir des danses palestinienne, kenyane, zimbabwéenne, iranienne, saoudienne, maldivienne (de loin la plus belle…), yéménite, syrienne, chinoise, afghane, djiboutienne, tibétaine et quelques autres dont je ne me rappelle plus la provenance. Ce soir là, la danse m’est apparue comme un véritable don de soi : partage de ma culture à l’autre, le laissant juge et spectateur, voir acteur d’une partie importante de mon identité. C’est en ce genre d’occasions que l’on sent que la Paix peut jaillir de bien peu, et que l’unité entre des hommes si différents les uns des autres se trouve dans le partage, et non la négation, de ce que l’on est (l’Europe pourrait en prendre bonne note, elle qui a pour devise l’Unité dans la diversité…). L’unité indienne en est également un bon exemple. Outre la dance, ce fut formidable de pouvoir rencontrer des étudiants de toutes ces contrées si mystérieuses. J’ai hésité à demander aux afghans des nouvelles de mes amis en mission chez eux… Rencontrer tous ces gens fut très enrichissant, même si ce fut court.
Face à ces danses, je me demande souvent : qu’avons-nous fait, nous Français, de notre culture populaire ? De nos danses ? Qui danse encore la bourrée berrichonne ? Qu’aurait dansé une hypothétique délégation Française à cette soirée des étudiants étrangers ?A part les trois pas de danse faussement bretons où l’on se tient par l’auriculaire, force est de constater que la danse populaire n’a pas été transmise. Et ce ne sont pas nos rocks mondains qui nous en excusent…
Je me souviens de mon voyage au Chili, pour le Jamboree mondial en 1999. Chaque pays devait présenter une danse culturelle… Je n’avais pas alors saisi la gravité et l’insignifiance de notre « madison » (qui, comme le nom l’indique, est bien de chez nous !), et l’image qu’il avait dû laisser de la France à ces milliers d’étrangers qui nous avaient regardés. Aujourd’hui je le mesure un peu plus : je vois combien la danse parait être pour ces peuples rencontrés un moyen d’expression culturel naturel et spontané. Et je vois aussi, à l’influence que peut avoir sur les jeunes indiennes et leur façon de danser le déhanché de Beyoncé, que nous ne sommes pas les seules victimes de la non-culture produite par et sur nos écrans, qui n’ont jamais été aussi « plats », dans tous les sens du terme.
Quand je commence à m’emballer comme ça, il est en général temps que je m’arrête…
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« Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur(…) ; il ne redoute pas une année de sécheresse, car elle ne l’empêche pas de porter du fruit. »
Jérémie XVII, 8
· Je vous confie un petit orphelin, qui a du être envoyé dans un centre en attente d’adoption. Il lui a fallu quitter cette maison dont je vous ai déjà parlé, à laquelle il était très attaché. Très violent cet enfant risque de ne jamais « trouver » de parents adoptifs.
· Je vous confie une femme qui s’est brulée vive, enceinte, après une dispute avec son mari (musulman) et la seconde épouse de celui-ci. Elle est décédée, tout comme son enfant. On imagine qu’il y avait un problème de dote. En Inde, une tradition tenace veut que l’on brule les épouses qui ne peuvent honorer leur dote. Ce cas étant très courant, les beaux-parents (à l’origine des pressions qui poussent les maris à bruler leur femme) sont désormais présupposés coupable par la justice pour chaque cas, et ils doivent démontrer leur innocence. Prions pour l’évangélisation en profondeur de l’Inde.
· Je vous confie, une fois n’est pas coutume, les prêtres MEP d’Inde ; l’un d’entre eux, le Père Legrand, arrivé en 1952, n’est pas certain de se voir autorisé à rester en Inde par les autorités de plus en plus hostiles aux chrétiens et aux étrangers. Un étranger qui, depuis 56 ans, forme les séminaristes indiens…
· Action de grâce pour le petit d’homme qui se fait attendre chez Jan et Marine Tavart ! Si je me souviens bien, cette heureuse attente prendra fin en septembre.
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Action de grâce pour Béatrice Morel, qui rentrera en septembre chez les Dominicaines du Saint Esprit à Pontcallec. Elle rentrera donc en même temps que Bérangère, citée dans le
précédent article. Béatrice est la petite sœur de Blanche, dont je vous annonçais il y a quelques mois l’entrée chez les Sœurs de Bethléem (spiritualité cartusienne). Béatrice et Blanche ont un
frère, don Régis, diacre de la communauté Saint Martin à Chinon, et un autre, Bruno, séminariste pour le diocèse de Bordeaux (à qui j’ai rendu visite au Cambodge, où il est actuellement
volontaire MEP). Rendons grâce pour ces familles qui donnent tant à Dieu et à son Eglise.
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Action de grâce pour les jumeaux attendus chez Jean-François et Clotilde Varry. En espérant que Jeff revienne d'Afrique à temps pour la naissance !
· Priez aussi pour moi, s’il vous reste du temps !
Pour terminer, une photo de mon anniveraire avec les enfants orphelins dont je vous parle souvent, ces memes enfants dont vous appreciez les
photos de danse... Le pretre responsable de cette maison est a droite de la photo, barbu.
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P
· N’hésitez pas à continuer de m’envoyer vos intentions…